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Low tech : quelle innovation dans un monde contraint en ressources ?

Low tech : quelle innovation dans un monde contraint en ressources ?

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Retour sur le 2e événement thématique organisé par SoScience le 30 octobre 2018 sur le thème des low tech !

Les termes low tech ou basses technologies sont caractérisés en opposition aux high tech : elles sont définies comme des « innovations durables (produits ou services) prenant mieux en compte les contraintes sur les ressources, se focalisant sur les technologies sobres, agiles et résilientes ». Elles visent à accélérer la transition écologique de façon soutenable et durable. Dans le contexte actuel où les challenges liés à la nécessaire transition écologique et technologique ne sont pas exempts de doutes, et où les récits sur ou associés à l’effondrement de notre civilisation se répandent, les tenants des low tech proposent un nouveau modèle de société pour plus de résilience, un récit positif dans lequel la science et la technique sont mis au service de la société d’une manière nouvelle et contribuent à construire un futur juste et durable pour la planète et les humains.

Le monde hautement high tech qu’on nous promets ne fonctionne pas par manque de ressources métalliques, car on s’éloigne de l’économie circulaire en dispersant les ressources et de l’effet rebond de l’efficacité

Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de L’âge des low tech Tweet

Si l’économie circulaire est en effet devenue aujourd’hui un concept incontournable au sein des stratégies de développement durable des industries, des politiques publiques et des directives internationales, là encore, les tenants des low tech sont critiques : l’approche high tech semble incompatible aujourd’hui avec l’émergence de l’économie circulaire. Alors que les nouvelles technologies sont gourmandes en métaux rares, il est aujourd’hui difficile et complexe de les recycler, en raison de leurs usages dispersifs et de la complexité des alliages.

REMETTRE EN CAUSE NOS BESOINS ET REPENSER LES FINALITÉS DE L’INNOVATION

Outre le sujet des ressources, il convient également de s’interroger sur leur usage d’un point de vue éthique. En terme d’innovation technologique, les start-ups et géants de l’industrie ne semblent pas manquer d’inspiration : une machine à jus de fruits connectée, bardée d’électronique et de capteurs, qui permet de presser des poches contenant des morceaux de fruits découpés, des chaussettes anti-odeur contenant des particules d’argent, un bikini connecté pour connaitre son exposition au soleil, un distributeur de croquettes automatique pour chat connecté… Quelle est la réelle utilité de ces innovations ?

Les low tech invitent en effet à remettre en cause nos besoins : a-t-on vraiment besoin de ces innovations ? Y gagne-t-on vraiment en confort ? La démarche low tech ne se réduit pas en effet à la seule dimension technologique d’une innovation : elle n’est pas qu’une approche d’éco-conception, visant à produire des objets plus simples et plus durables.

Prenant en compte l’aspect systémique d’un produit ou d’un service, elle invite à réfléchir et à faire évoluer nos usages et les « points de référence culturels (notre rapport au temps, à la mobilité, à l’accumulation matérielle ou à la nature par exemple) : elle vise à remettre en cause les modèles économiques, organisationnels, sociaux, culturels ».

C’est ainsi que dans le contexte actuel de la course effrénée à l’innovation, les low tech réintroduisent la notion de responsabilité et de choix afin de repenser l’innovation.

Pourquoi innovons-nous ? Quelles intentions guident ces actions ? Ce qui est aujourd’hui attendu de l’innovation, c’est d’utiliser des potentialités scientifiques et rencontrer un marché. La high tech sert à augmenter la productivité mais est-ce que ces choix technologiques basés sur la productivité sont pertinents d’un point de social ? Ne serait-il pas en effet plus souhaitable d’orienter l’innovation au profit de l’impact social et environnemental ?

Pour prendre une métaphore informatique, il est temps de changer de logiciel ; que dis-je c’est la carte mère et l’ensemble des circuits qu’il faut démonte

Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de L’âge des low tech Tweet

Dans cet esprit, les low tech ne s’inscrivent pas dans une vision manichéenne opposant low tech aux high tech : il s’agit plutôt de trouver un équilibre entre la high tech là où elle est réellement créatrice de valeur (une machine IRM par exemple créée plus de valeur sociale qu’une voiture entièrement électronique) et la low tech, ou encore d’adopter une démarche de lower tech (épurer un produit électronique de ses fonctionnalités superflues par exemple). Les low tech proposent ainsi de repenser l’innovation afin de « mettre la technique (réellement) au service de l’homme ».

Ni réfractaire et opposée au progrès, ni nostalgique d’un passé idéalisé, les low tech invitent à expérimenter d’autres modèles plus sobres, orientés vers la préservation et la restauration des écosystèmes, l’économie des ressources tout en créant emploi et lien social, résilience et autonomie et in fine amélioration des conditions de vie, liberté et épanouissement des individus.

Découvrez les entrepreneurs qui adoptent une démarche low tech pour répondre à des enjeux sociaux et environnementaux :

cartographier les low tech : gold of bengal

A bord du Nomade des Mers, Gold of Bengal repère des innovations low-tech sur chaque continent, les teste, les documente et les diffuse afin d’offrir à tous un savoir open source sur les low-tech.

La mission de Corentin de Chatelperron et de son Low Tech Lab est de créer une base de données en référençant un maximum d’initiatives low tech qui ont fait leurs preuves dans le monde entier,  afin de  les documenter, les caractériser, les tester et les faire connaître au plus grand monde pour, à terme, amplifier leur impact. Les “low tech” sont identifiées par les volontaires du Lab et par la communauté internationale qui accompagne le développement du Lab. 

L’un des enjeux de Corentin se situe sur l’aspect “caractérisation” de ces low tech et cela peut passer par les entreprises. Sa problématique : comment faire participer les entreprises à la recherche sur les low tech ?

Les low tech sont un formidable moyen de donner du sens aux collaborateurs. Chez Tarkett, elles ont permis de produire de l’innovation et des projets auxquels les ingénieurs n’auraient pas pensé autrement, via du mécénat technique. Pour que les entreprises prennent ce sujet en main, l’enjeu principal est de réussir à lier l’innovation type low tech à un besoin business / produit. Il faut qu’in fine, l’entreprise comprenne les bénéfices d’une telle démarche et que la low tech participe au développement commercial de l’entreprise, voire idéalement puisse générer un résultat. Plusieurs pistes d’actions concrètes ont été explorées telles que l’organisation de learning expeditions, des partenariats avec des écoles d’ingénieurs ou de design qui disposent de projets low tech au sein des cursus.

énergie : unéole

Unéole développe des éoliennes connectées, silencieuses, design, zéro carbone et adaptées aux zones urbaines.

Unéole propose aux entreprises de réaliser une étude des gisements éoliens sur leurs installations et projets immobiliers afin d’installer des éoliennes urbaines.

L’entreprise est souvent confrontée à des freins tels que l’inertie des organisations, des frictions avec les objectifs esthétiques des architectes ou un manque d’anticipation des organisations.

Une piste à creuser soulevée par les participants est de miser sur le design pour permettre des volumes de commandes plus grands. C’est ainsi qu’EDF a pu placer son produit, la SmartFlower, un joli panneau photovoltaïque qui coûte 5000 €, mais avec un côté design qui plait !

habitat : agilcare

Agilcare propose des constructions pérennes en bois qui peuvent à tout moment être transformées et désassemblées sans impact ni déchet, et être réassemblées sur un nouveau site pour d’autres usages. 

Son système Nano repose sur des modèles modulaires en bois français, issus de forêts gérées durablement. Les constructions proposées par Agilcare sont adaptables, transformables (il est simple de déplacer des cloisons, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur), démontables et remontables. Les murs sont autoportants pour le moment, limitant à deux étages les constructions. Une collaboration en R&D avec un groupe japonais pourrait permettre de changer ce système à terme. En matière d’applications, le système d’Agilcare peut convenir pour des logements, des espaces d’accueil, des crèches … À qualité de construction égale, le coût de construction d’Agilcare est similaire à celui d’une installation traditionnelle. 

Face à l’ensemble de ces bénéfices, d’où vient la résistance des grands acteurs de la construction aux solutions proposées par Agilcare ? Une certaine rupture existe entre la simplicité des solutions d’Agilcare et le secteur du bâtiment. Il y a un vrai sujet d’interstice entre les grands groupes de la construction et les plus petits dont  Agilcare pourrait tirer profit.

mobilité : k-ryole

K-Ryole construit la première remorque électrique intelligente pour vélo permettant aux professionnels de transporter jusqu’à 250 kg sans effort et de manière pratique, écologique et économique.

Elle fait 80 cm de large (largeur d’un fauteuil roulant) ce qui la rend particulièrement adaptée aux livraisons en ville. Elle peut être attachée à tout type de vélo et a une autonomie de 70 km. Le prix à la vente est entre 6 000 et 10 000 euros et K-Ryole explore également un système de location. 

Par rapport aux solutions existantes, la K-Ryole a plusieurs avantages : elle est plus efficace pour circuler en ville, ne pose pas de problème de stationnement et ne consomme pas de carburant. Elle est particulièrement adaptée pour les livraisons dans un rayon de 2-3 km autour d’un point de vente.

Aujourd’hui, 40 K-Ryoles sont en circulation, notamment à Villeurbanne (Intermarché), Paris (Carrefour de Ménilmontant) et Boulogne (Franprix). K-Ryole est également en phase d’essaimage avec Bricorama. Bouygues et Ikea sont également intéressés. Le produit plaît beaucoup mais le modèle économique est à adapter en fonction des clients.

agriculture : biomédé

Biomédé pratique la phytoextraction naturelle du cuivre pour une transition en viticulture biologique et durable.

Ludovic Vincent, ancien chargé de recherche sur le traitement des sols, a identifié un besoin dans le domaine de la viticulture en matière d’extraction du cuivre. Le cuivre est utile pour tuer les vers de terre et les champignons mais il devient nocif pour les sols en trop grande quantité. En effet, il dégrade des terroirs qui sont l’actif principal des viticulteurs, certaines parcelles valant des millions d’euros. Le cuivre déséquilibre les sols en détruisant les échanges entre racines et micro-organismes, qui communiquent et transfèrent les éléments. Ainsi la vitesse de dépérissement de la vigne est accentuée, leur durée de vie est divisée par 3 à cause des maladies.  Dans le bordelais, certains sols sont si atteints par le cuivre que les parcelles devraient être abandonnées, avec un impact dramatique pour les petits producteurs. 

Plutôt qu’une extraction non-naturelle (comme enlever la terre ou la retourner) qui nécessite beaucoup d’énergie et n’est pas soutenable à long terme, la solution de Biomédé repose sur l’utilisation de plantes phytoextractrices et la revalorisation des métaux issus de la phytoextraction. Il s’agit de planter un mélange de 4 plantes qui se nourrissent de cuivre par les racines. Avec cette technologie, le sol est dépollué en 5 ans. Cette startup s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire et cherche des filières de revalorisation du cuivre. Aujourd’hui le cuivre peut être réutilisé comme oligo élément : en éco-catalyse pour la synthèse de vitamines, en cosmétique, en pharmacopée et comme engrais. Le cuivre est souvent importé du Chili donc il serait utile aux industries locales d’avoir une nouvelle source de cuivre.

Aujourd’hui, l’objectif de Biomédé  est de construire une filière complète sur le cuivre. Dans un second  temps, Biomédé essaiera avec d’autres métaux plus difficiles à revaloriser.

santé : sano celo

Sano Celo propose de former des professionnels de la santé, entrepreneurs et  universitaires aux méthodes de fabrication 3D de prothèses médicales pour  permettre leur démocratisation.

Sano Celo (“Objectif santé”) est une association visant à promouvoir l’impression 3D au service de la santé. Leurs premières sessions de formation ont eu lieu au Togo puis au Burkina Faso en 2017. Plus récemment, c’est dans la région du Kivu en République Démocratique du Congo qu’ils travaillent. L’idée est de former les locaux aux méthodes de fabrication 3D au service de la santé, ce  qui permet du sur-mesure low cost. 

Leur problématique : comment valoriser des déchets en Afrique pour en faire du consommable pour l’impression 3D ? La question englobe à la fois la problématique du sourcing local de plastique et  le contrôle de la qualité. Cet événement aura permis la mise en relation de Sano Celo avec Plast’lab, le laboratoire de Suez dédié au recyclage des matières plastiques.

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