La recherche s'interroge enfin sur sa valeur sociétale

 

Les 16 et 17 Mars, Eloïse (co-fondatrice de SoScience) était invitée par Science Europe à une table ronde sur l’Innovation. Science Europe est une association européenne regroupant des organisations de recherche et des organisations de financement de la recherche. Lors de ce séminaire ont été discutés les barrières et leviers pour la favorisation de l’innovation en contexte académique, et en particulier la notion d’ « Innovation Communities », ou communautés d’innovation.

 

 

La prise de contact avec le contexte a été assez choquante pour moi. L’exemple le plus parlant a été ma surprise quand j’ai compris que la « research-based innovation » (recherche appliquée, littéralement innovation basée sur la recherche) semblait être le contraire de l’ « excellent research » (recherche fondamentale, littéralement recherche excellente). Pourquoi l’innovation serait-elle le contraire de l’excellence ? L’explication « Ce n’est que du vocabulaire » ne me satisfait pas car le vocabulaire est souvent la mesure ou l’outil d’un état d’esprit global.

Mais passons là-dessus et concentrons-nous plutôt sur le cœur des discussions : le concept de communauté d’innovation, qui a été développé par le Comité ENGITECH de Science Europe dans un papier d’opinion écrit en Février, que vous pouvez trouver ici.

 
 

LA CITATION QUI NOUS PARLE

We should take higher risks. We don’t want to go from version 1.1 to version 1.2 but to version 100.1. We are not interested in the impossible; we are interested in the unthinkable
— M. Nordberg, CERN
 

Le but du comité, et de Science Europe, est de favoriser la « research-based innovation », c’est-à-dire de valoriser les connaissances développées en recherche par des nouveaux produits ou services pour la société. Il ne s’agit pas vraiment de la même démarche que SoScience dans la mesure où nous préférons partir des besoins plutôt que des connaissances disponibles, mais on retrouve l’envie de connecter le chercheur à son impact et de créer de la valeur. Malheureusement, cette valeur est encore trop souvent, par habitude, limitée à la valeur économique. Alors que nous voyons tous les jours sur le terrain que chercher la valeur sociale est source d’innovation disruptive!

Le Comité reconnait que tous les chercheurs ne veulent ou ne peuvent pas devenir entrepreneurs, ce qui démontre d’un certain réalisme. Il propose de ne pas se focaliser sur l’incitation des chercheurs à aller vers le business mais plutôt de créer les conditions pour que ces chercheurs interagissent avec des acteurs économiques. C’est cette rencontre qui permet de transformer le savoir en innovation. Les acteurs eux-mêmes, ainsi que les formes que peuvent prendre ces écosystèmes, ou communautés d’innovation, sont variés. SoScience en est un exemple, ainsi que le projet IdeaSquare du CERN.

Pour que ces communautés soient efficaces dans leur mise en œuvre, il faut être vigilant sur plusieurs aspects.

  • Tout d’abord, la diversité : plus les profils qui interagissent sont différents, plus on augmente les chances d’aller vers l’innovation disruptive et de créer de la valeur à tous les niveaux : personnel, social, économique.
  • Le point de vigilance qui découle de cette diversité est la coordination entre tous ces profils. Notre expérience nous a appris que des gens très différents doivent avant tout apprendre à communiquer avant de travailler ensemble, et qu’il y a souvent besoin d’intermédiaires pour cela.
  • Enfin, la meilleure manière de développer le concept de communautés d’innovation, de voir leur potentiel et d’estimer leur impact est de soutenir des expérimentations. Essaimer une myriade de communautés différentes sera plus utile que de formater un modèle figé pour le répliquer.

Ces points reflètent la pensée de l’équipe de SoScience et son expérience du terrain, et la bonne nouvelle est qu’ils sont remontés de plusieurs groupes de travail lors de la table ronde. Malheureusement, ils n’apparaissent pas dans le papier de travail rédigé pour les prochaines séances.

Nous sommes heureux de voir que la valeur sociétale de la recherche est un sujet dont s’emparent les organisations de recherche européennes. Etre invitée à cette table ronde pour présenter ce qui se fait sur le terrain a été très positif, et je pense qu’il faut accentuer cette démarche qui consiste à s’inspirer de ce qui existe déjà. Maintenant, il reste à voir quelles seront les prochaines étapes pour Science Europe, et si l’association parviendra à transformer ces séances de travail en actions concrètes. Alors, rendez-vous l’an prochain ?

 
Nathan Grass