L'innovation est avant tout portée par les hommes

 
L’innovation est avant tout portée par les hommes

Cette phrase entendue lors de la 8ème Rencontre Nationale des Directeurs de l’Innovation résume bien l’esprit de l’évènement cette année. 600 professionnels de l’innovation se sont réunis durant 2 jours autour de 50 études de cas présentées. Bien qu’on y ait vu les présentations classiques sur les méthodes d’innovation, le sentiment général se rapproche d’un désir d’améliorer nos sociétés par l’innovation. Au-delà des méthodes, on comprend que l’innovation pour le bien de tous est une culture, un état d’esprit, et passe avant tout par le désir de quelques « changemakers ». D’ailleurs, on entre tout de suite dans le bain lorsque l’affiche de l’événement a pour citation phare « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous » (Aristote)

Le public est déjà convaincu : la vidéo qui a reçu le plus d’enthousiasme est celle d’Essilor, présentée par Eric Perrier, vice-président de la R&D et présentant les initiatives du groupe pour répondre à des besoins Base of the Pyramid, notamment en Inde. L’ambition du groupe est de redonner une bonne vue aux 2,5 milliards de personnes qui ne sont pas corrigés aujourd’hui. Les réponses apportées sont cœur de métier, s’appuyant aussi sur des innovations techniques, et visent à être financièrement rentables : nous sommes dans le schéma classique de l’entreprise sociale, repris avec succès par une grande entreprise. Ces nouvelles formes d’innovation responsable reçoivent une forte adhésion du public.

Jean-Christophe Simon, directeur de l’innovation chez SEB est très clair à la fin de sa présentation, l’ambition est aussi de « répondre à des besoins fondamentaux de santé ». Pour une entreprise qui est leader dans l’électroménager, on peut se féliciter d’un tel but (le fameux « higher purpose ») en espérant bien sûr qu’il ne s’agit pas de « surfer sur la vague », mais bien de s’engager durablement dans ces stratégies d’innovations responsables.

Les pouvoirs publics ne sont pas en reste. Renato Galliano de la ville de Milan (où l’exposition Wave a lieu en ce moment), insiste sur le fait que l’économie du partage, malgré les problèmes qu’elle peut soulever pour les autorités publiques, est considérée par la ville comme un des piliers pour permettre l’inclusion sociale. L’acceptation et l’encouragement des entreprises sociales est aussi très forte avec la volonté de financer des projets privés à très forts impacts sociaux par du « civic crowdfunding ».

De même, Helen Goulden de NESTA rappelle que le premier but de l’organisation est de créer de l’innovation qui apporte un plus à la société. Ce qui est réellement louable avec l’approche est leur envie de savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas : cette systématisation de la mesure de l’impact n’est pas classique pour une entité publique et se rapproche beaucoup des états d’esprit des entreprises sociales.

On sait aussi que la technologie et la science peut être à l’origine de controverses et générer de nouveaux problèmes. Un exemple intéressant est celui des avions, qui ont une conséquence inattendue : ils facilitent la diffusion des épidémies et en augmentent la gravité. Murielle Lafaye du CNES nous présente pourtant, et c’est intéressant, une solution elle aussi technologique. Le CNES a développé la « météo des moustiques ». En travaillant avec de nombreux scientifiques (biologistes, épidémiologistes, météorologistes, ingénieurs) le CNES a développé des cartes qui permettent de prévoir où vont se déplacer certaines populations de moustiques (ou d’insectes) et de préparer le terrain pour les personnels de santé. Cela a permis de mieux contrer des épidémies de paludisme au Burkina Faso, ou encore de Dengue en France outre-mer.

Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous
— Aristote

Le rendez-vous de l’année prochaine est déjà pris avec pour thème : « Innovation for a better world ». La couleur de la conférence cette année présageait déjà de ce thème : il s’agit du sujet montant, que ce soit dans les plus grandes entreprises, dans des petites start-ups ou encore parmi les pouvoirs publics. L’an prochain les innovations responsables seront à l’honneur et on espère y voir certaines des start-ups que l’on accompagne ainsi que des changemakers Ashoka : ces innovateurs pour le bien commun ! Ce serait aussi l’occasion de présenter l’avancée du concept d’innovation responsable, ce qui marche et ne marche pas, à quel moment on tombe dans le « responsability-wash » (en regard du green-washing). Nous serions ravis nous-même d’y présenter nos travaux et nos expérimentations sur le sujet. La proposition est lancée !

Et si vous ne pouvez pas attendre jusqu’à l’année prochaine, vous pouvez déjà vous inscrire pour le #SoLab de septembre : le premier séminaire dédié à l’Innovation Responsable qui accueillera des intervenants internationaux de très haut niveau !

 
Nathan Grass