Comment la science pourra faire émerger un monde plus durable pour tous ?

 

D’ici un an nous pourrons dresser un bilan des Objectifs du Millénaire pour le développement. Il est déjà sûr que certains de ces objectifs ne seront pas atteints : notre monde fait encore face à des défis sociaux et environnementaux très pressants. Pour y répondre toutes les facettes de nos sociétés doivent être mises à contribution : la politique, les stratégies de financement, les nouveaux modèles d’entrepreneuriat, l’éducation, les nouvelles alliances, mais aussi, et c’est crucial, la science et l’innovation. La science au service de la société, la science qui souhaite répondre aux grands enjeux de notre siècle : c’est une tendance de fond qui est en train de se développer depuis une dizaine d’années. Le thème du Forum Mondial sur le Développement 2014 organisé par l’OCDE, « Innover pour le développement », l’illustrait bien. Il a été rappelé à cette occasion à quel point l’innovation inclusive et l’innovation responsable sont au cœur des débats pour l’après 2015.

On sait aujourd’hui que 70% des impacts sociaux et environnementaux d’un produit sont déterminés à sa conception (design et R&D). Il devient alors évident que les chercheurs et les scientifiques à l’origine des innovations de demain doivent prendre en compte ces effets dès les phases de R&D afin de permettre l’émergence d’un monde plus durable pour tous.

Pourtant quelles équipes de recherche et développement, qu’elles soient dans le monde public ou privé, intègrent réellement des approches d’innovation et de recherche responsable ? Penser son impact en amont des processus de recherche entraîne de nouvelles méthodologies de travail et de nouvelles approches : l’un des facteurs clés de réussite de ces innovations responsables est l’intégration de toutes les parties prenantes au processus de recherche. Cela peut modifier l’approche du travail du scientifique, ce qui n’est pas forcément facile à accepter. Pourtant c’est par ce changement que la science pourra apporter toute sa valeur à la société et créer un impact important.

J’ai moi-même réalisé cela il y a quelques années quand j’ai décidé de faire de la recherche responsable mon métier. J’étais passionnée par la science mais je cherchais encore un sens à mon travail et aucun laboratoire n’affichait avec force son désir d’agir pour répondre à des besoins sociaux ou environnementaux. J’ai créée la start-up SoScience pour travailler sur ce concept à temps plein. L’une de nos approches est de catalyser la rencontre et le montage de projets de recherche entre entrepreneurs sociaux et scientifiques.

Par exemple, un des projets de recherche que nous soutenons aujourd’hui consiste à encapsuler des principes actifs par des techniques de microfluidiques et à obtenir un relargage long terme de ces principes pour lutter contre le paludisme au Burkina Faso. Ce projet de recherche est basé sur l’idée brillante d’entrepreneurs sociaux locaux. Le projet entrepreneurial s’appuie sur une vraie compréhension du marché local : les produits ménagers sont utilisés par toutes les tranches de la population. Ainsi pourquoi ne pas intégrer des répulsifs à moustiques dans ces produits afin de protéger les consommateurs ? L’approche est très prometteuse : l’entreprise sociale qui vendrait ces produits ne modifie pas les habitudes du consommateur, peut devenir rentable et avoir un réel impact. Mais pour que cette idée atteigne son plein potentiel, elle a besoin de la science.

C’est en faisant cette recherche à but social de façon très affirmée, ciblée et collaborative avec les futurs valorisateurs que nous pourrons avoir un véritable impact. Cet exemple parmi tant d’autres n’est pas anodin : les maladies tropicales (dont le paludisme) représentent 12% de la charge mondiale de morbidité, pourtant sur la période 1975-2004 seulement 1% des médicaments développés visaient ces maladies. (Chirac P., Torreele E., 2006) Est-ce que cela signifie que la recherche pharmaceutique n’est pas assez orientée ? Ou est-ce que cela veut dire que nous devons regarder le problème différemment et y trouver des solutions innovantes ?

En tout cas, cela pousse à croire que nous devons nous pencher sans hypocrisie sur des projets de recherche qui sont centrés sur le besoin social et affirmer clairement le but de ces recherches dites responsables.

Le 10 novembre est la « Journée mondiale de la Science au service de la paix et du développement ». Mise en place par l’UNESCO en 2001, cette journée est très importante pour le soutien à la recherche responsable et nous rappelle à quel point la science peut jouer son rôle dans la réalisation du bien commun. Ne nous reposons pas uniquement sur elle et ne croyons pas qu’elle résoudra toutes nos problématiques sociétales actuelles, mais n’oublions pas de l’intégrer au combat. La journée de la science au service du développement existe depuis plus de 10 ans, pourtant aujourd’hui est-ce que dans les sphères scientifiques la notion est évidente ? A vrai dire, quel organisme de recherche se penche très sérieusement sur la question et intègre la recherche responsable à ses réflexions globales?

Profitons de cette journée pour se rappeler que nous devons nous tourner vers une recherche et une innovation responsable. Cette recherche responsable n’adviendra pas d’elle-même, elle se réalisera par la communauté scientifique. Nous avons besoin de la science et nous avons besoin de scientifiques qui intègrent dans leurs travaux cette nouvelle approche globale.

Cet article a aussi été publié sur Discov’Her, le média en ligne de la Fondation L’Oréal, dédié aux femmes qui font avancer la science.

 
Nathan Grass