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Les innovations sociales peuvent-elles être les politiques publiques de demain ? Tribune de Mélanie Marcel

Aux premières Universités d'Eté pour l'Economie de Demain, qui se sont déroulées les 3 et 4 septembre à Paris, Mélanie Marcel intervenait sur la table-ronde: « Les innovations sociales peuvent-elles être les politiques publiques de demain ? ». Retrouvez dans son billet les points clés mis en avant lors de la conférence. En un mot, la fondatrice de SoScience insiste sur la nécessité de « combiner l’action publique et les innovations de terrain, qu’elles soient scientifiques, techniques ou sociales ».

La question du système de recherche de scientifique est majeure dans ce débat : c’est à la fois un domaine qui est largement influencé par les politiques publiques (orientation de la recherche, instituts publics, politique de valorisation…) mais très peu touché par des innovations sociales de terrains (on a plutôt en tête l’image du « scientifique dans sa tour d’ivoire »). Pourtant, il est absolument clé pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux, qui sont au cœur des réflexions des innovateurs sociaux.

La science est un exemple intéressant dans deux transitions majeures qu’il va falloir mener : la transition démocratique et la transition écologique.

Transition démocratique

Aujourd’hui, la question de la protection des données et du pouvoir des GAFA et des entreprises clés du monde numérique posent des questions politiques (allant même jusqu’à influencer la politique, rappelons-nous le scandale de Cambridge Analytics). Lors d’une rencontre à haut niveau, j’ai assisté à une table ronde sur la technologie où de nombreux acteurs clés de l’Economie Sociale et Solidaire se demandaient pourquoi les « gagnants » de la sharing economy était des acteurs hautement capitalistiques comme AirBnB ou Facebook alors que les principes d’une économie du partage pourraient justement mieux s’accorder avec une distribution du pouvoir et des profits, ce que pourrait faire des structures de l’ESS mieux et de façon plus légitime.

L’idée a même été soulevé de faire un Facebook concurrent avec de vrais valeurs. Je suis convaincue qu’il est trop tard pour faire le Facebook « social et responsable », par contre ces acteurs devraient se poser la question aujourd’hui de la biotechnologie ou de la robotique. Les questions que nous nous poserons dans 20 ans seront exactement les mêmes ! Pourquoi les acteurs qui sont les puissances économiques en biotech (ou IA, robotique, quantum technologies…) sont hautement capitalistique ? Parce que les innovateurs sociaux aujourd’hui ne sont pas dans les lieux où s’invente le futur technologique !

Il ne s’agit pas de rattraper un retard sur les GAFA mais bien de donner de l’avance à nos valeurs, et pour ça d’investir les laboratoires où s’invente le futur.

Transition écologique

On assiste depuis une vingtaine d’années à la naissance des sciences écologiques et sustainability science : ces domaines qui s’intéressent aux écosystèmes et aux interactions complexes. Elles sont essentielles pour permettre la transition écologique que nous devons urgemment enclencher. A titre d’exemple, une idée reçue classique est de croire à un phénomène auto-régulateur de l’émission/adsorption de CO2 : en effet les arbres ont besoin de CO2 pour pousser et une augmentation de CO2 dans l’atmosphère est bénéfique pour la croissance et l’augmentation des forêts. On a donc longtemps cru que le CO2 émis en trop pourrait être absorbé grâce à la croissance des forêts résultante. Or une étude scientifique récente a montré que ce phénomène n’est en fait vrai que sur une courte période de temps ! Très vite les forêts reviennent à leur quantité normale d’absorption. Ce type d’informations et de faits scientifiques est absolument crucial pour lutter contre le réchauffement climatique de façon pertinente et efficace. Pourtant, aujourd’hui, l’investissement dans la recherche (et l’innovation sociale par ailleurs…) sur ces sujets relève plus de la communication : on peut penser à l’initiative #MakeOurPlanetGreatAgain du président Emmanuel Macron qui a permis de financer seulement 40 à 50 chercheurs sur 5 ans alors que nous parlons de l’enjeu le plus important de notre siècle ! La communauté scientifique ne s’y ai pas laissé prendre et a dénoncé un acte de communication. La science, ce n’est pas de la communication, la politique ce n’est pas de la communication (n’en déplaise à certains courants montants…).

La collaboration entre innovateurs sociaux, entreprises engagés, scientifiques et Etats est clé pour permettre ces transitions. Il faut sortir de l’expertise « tombée du ciel » qui entraîne une défiance de la société civile envers les faits scientifiques et qui nous plonge soit dans le techno-solutionnisme de base, soit dans le refus de la technique (et de la science par la même occasion). Aujourd’hui, des programmes existent et fonctionnent, créés par des innovateurs sociaux comme SoScience, pour mettre en lien des innovateurs sociaux, des start-ups, des ONGs, des industriels et des chercheurs, afin de les faire collaborer et travailler ensemble. Cela fonctionne et les participants en sont friands !

Mais là où cela coince, c’est le plus souvent au niveau des organismes ou des critères de notations et de financements des projets de recherche. C’est pour cela que l’échelon de l‘action publique est essentiel et nécessaire dès que l’on parle du modèle de recherche.

Je prône un soutien à la collaboration avec le monde de la recherche qui est aujourd’hui presque impossible si l’on n’est pas un grand acteur industriel. Une politique publique forte engagée pour demain se doit d’ouvrir la compétence scientifique et technique aux acteurs de la société.

Tribune rédigée par Mélanie Marcel, co-fondatrice de SoScience

Mélanie Marcel